avis litteraires·Mes petits coups de coeur

« Neige de mai », Paul Renier

Neige de mai, Paul Rénier. Éditions Sur le Fil, 30 janvier 2019, 267 pages

C’est un roman d’amour. D’habitude, je ne suis pas friande de ce genre, ça m’ennuie vite ! Mais là, mais là, … mais quel roman !

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Paul Renier manie les mots tel un dramaturge. Leur place est pensée, les accessoires sont là, présents, mais sans étouffer l’essence de ce qui se joue dans la relation entre Estelle et Adrien.

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avis litteraires·Mes petits coups de coeur

« Variations d’un cœur », Janice Pariat

Variations d’un cœur, Janice Pariat. Éditions Nil, 4 avril 2019, 252 pages

Janice Pariat est une poétesse et écrivaine indienne ; Variations d’un cœur est son troisième roman, mais le premier traduit en français (par Sylvie Schneiter). Elle est également l’autrice de deux recueils de poèmes.

Ce roman est d’une puissance incroyable, selon moi. Janice Pariat réussi à sublimer la femme, sans lui donner la voix.

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Ils sont neuf. Neuf à l’avoir aimée. Neuf à l’avoir quittée, pour une raison ou une autre. Elle, on ne connaît même pas son nom. Et pourtant, chaque ligne, chaque mot, chaque signe de ponctuation de ce roman est écrit pour elle. Par amour, gratitude, rancœur ou encore par désolation. Tous ont une raison. De ces neuf personnages se dresse alors le portrait d’une femme avec ses blessures, ses espoirs et ses rêves ; mais également avec ses défauts, ses qualités ou ses joies.

Ce sont les sentiments, qui sont au cœur de ce récit, et plus particulièrement ceux amoureux. Il y a parfois du ressenti, de l’animosité ; néanmoins, on y retrouve surtout une forme de gratitude, de douceur. Ce sont neuf regards qui se tournent vers le passé et qui peignent la relation amoureuse avec ardeur et poésie.

« Vous, cependant, vous avez la beauté de la lumière se réfractant dans du verre. »
« Tu es mon havre où le jugement n’a pas cours. Je suis en sécurité avec toi. »

Plus intéressant encore que ces témoignages d’amour, il y a le rendu final. Neuf témoignages, neuf visions différentes de la femme aimée. Ainsi, Janice Pariat interroge ses lecteurs : connaissons-nous réellement l’autre ? L’intimité est-elle gage de connaissance absolue de l’être aimé ?

De ces neufs portraits se dégage une image fragmentée, incomplète, de cette femme que l’on ne peut qu’imaginer. Sans nom et sans visage, elle devient alors l’allégorie de la Femme, voire de l’Être Humain, dans toute sa beauté et sa complexité.

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Le journal d’Anne Frank, 12 juin 1942 – 1er août 1944

A l’occasion de la célébration du 90e anniversaire d’Anne Frank, Calmann-Lévy a rééditer son journal, en mai 2019.

 

Elle aurait eu 90 ans aujourd’hui. Le 12 juin 2019. Anne Frank. Elle n’avait que 15 ans, lorsqu’elle est décédée. 15 ans. Un âge où on a la vie devant soi. L’âge de tous les possibles.

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Et pourtant. Anne, elle, et comme tant d’autres, n’aura pas eu le temps de profiter de l’insouciance de la jeunesse. Parce qu’Anne vit en Allemagne et qu’elle est juive. Parce qu’Anne, à l’âge de 4 ans, fuit son pays natal avec ses parents, pour aller se réfugier à Amsterdam.

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avis litteraires·Mes petits coups de coeur·roman policier

« Luca », Franck Thilliez

Luca, Franck Thilliez. Fleuve éditions, 2 mai 2019, 552 pages.

Franck Thilliez revient avec un onzième opus des aventures de Franck Sharko et Lucie Hennebelle. Ces deux flics hors pair mêne une enquête qui s’inscrit, comme à l’habitude de l’auteur, au cœur de l’actualité scientifique.

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PMA, GPA, manipulations génétiques, repousser les limites, encore et toujours. Dominer. Le monde. Le pouvoir de la science. Connaissances. Limites. Repousser les limites. Repousser les limites de la science. L’éthique. De côté. Pour la science. On oublie l’éthique pour le progrès de la science. Dignité ? Inconnue. Oubliée. Inexistante.

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avis litteraires·Mes petits coups de coeur

« Ma Chérie », Laurence Peyrin

Ma chérie, Laurence Peyrin. Éditions Calmann-Lévy, 13 mars 2019, 322 pages.

Une fresque romanesque dans le sud des États-Unis des années 60, des personnages touchants et attachants, loin des stéréotypes. Le tout servi par une écriture douce et subtile. C’est le dernier roman de Laurence Peyrin, lauréate de L’été en poche, du Grand Prix des Blogueurs Littéraires.

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Elle s’appelle Gloria, mais tout le monde la prénomme « Ma Chérie ». Elle est belle, si belle qu’elle a été Miss Floride en 1952. Aujourd’hui, 11 ans après cette consécration, « Ma Chérie » est la maitresse d’un homme qui ne quittera jamais sa femme. Mais elle est surtout la maitresse d’un homme qui vient d’être arrêté pour escroquerie. Un gros poisson, apparemment.

Du jour au lendemain, Ma chérie se retrouve sans rien. Celles qu’elles considéraient comme ses amies lui tournent soudainement le dos. Délaissée par tous, elle n’a d’autre choix que d’abandonner cocktails, soirées mondaines, bâtisses luxueuses et train-de-vie sur le trottoir.

Et voilà que Gloria s’en va. Il faut qu’elle retourne chez ses parents. Pour cacher la honte, se faire oublier… Dans l’autocar qui la ramène chez elle, elle accepte qu’un homme s’assoit à côté d’elle… Nous sommes en 1963, dans le sud des États-Unis, et Marcus, l’homme en question, est noir comme l’ébène.

 

C’est un parcours initiatique qui commence alors pour Gloria. Elle va découvrir la vraie vie, loin des projecteurs et des artifices de Miami. Elle va grandir, apprendre l’indépendance, se construire ses propres idéaux. Ma chérie va, peu à peu, découvrir que la vie peut avoir un tout autre sens que celui de la course perpétuelle à l’argent et aux gros contrats.

C’est romanesque à souhait, sans tomber dans les stéréotypes que l’on peut facilement retrouver lorsque l’on aborde les relations entre Noirs et Blancs, dans cette période de l’Histoire américaine. Le tout est porté par une écriture fluide et poétique, les mots charment le lecteur et font de la musique. Laurence Peyrin a un style bien à elle, que j’ai adoré savourer.

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« Ciao Bella », Serena Giuliano

Ciao Bella, Serena Giuliano. Publié chez Cherche-Midi, 14 mars 2019, 192 pages.

Il y a des romans qui me touchent énormément, car profondément humains. Celui de Serena Giuliano en fait partie. Mais peut-être ne suis-je pas tout à fait objective, tant le personnage d’Anna m’a semblé familier. Je me suis, tant de fois, surprise, à la lecture de ce roman, à me dire qu’Anna et moi, on se ressemblait assez, finalement.

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avis litteraires·Mes petits coups de coeur·roman policier

« L’empathie », Antoine Renand

L’empathie, Antoine Renand. Robert Laffont (collection La Bête Noire), 17 janvier 2019. 464 pages.

Ce polar, c’est une bombe atomique. C’est bien simple, ça va loin, très loin. Je l’ai terminé il y a maintenant deux semaines … et je crois que je suis toujours un peu sous le choc ! 

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Avec ce premier thriller absolument brillant, Antoine Renand entre directement dans la cour des grands. (Selon mon humble avis, en tous cas, et je crois savoir qu’ils sont très éclectiques !)

Attention, âmes sensibles s’abstenir, vous pourrirez souffrir d’un syndrome de choc post-traumatique tellement Antoine Renand nous entraîne dans les profondeurs de l’âme humaine. Terminé il y a deux semaines, « l’empathie » me trotte toujours en tête ! Et pour cause… Antoine Renand va loin, très loin dans l’horreur. C’est bien simple: il ne laisse aucun personnage indemne. Passez votre chemin si vous recherchez des héros ordinaires et bien sous tous rapports.

Dès les premières pages, l’horreur est là, décrite avec minutie. Et c’est insoutenable parce que, justement, nous sommes plongés dans les pensées les plus intimes d’un tueur en série. D’une personne qui ne recule devant rien, absolument rien, pour arriver à ses fins. C’est flippant et pesant… mais, nom d’un chien, ça, c’est du thriller!

Et pourtant, par moment, on s’attache à ces personnages. Parce qu’Antoine Renand ne décrit pas que l’horreur et l’action; il décrit également, avec un immense talent, la psychologie de chacun des protagonistes. Alors oui, là encore, il va loin, très loin. Le bourreau devient la victime. Le sauveur devient le bourreau. La victime devient le sauveur.

Alors, forcément, avec mon immense empathie et ma propension à toujours essayer de comprendre les agissements de l’autre, comment aurais-je pu ne pas m’attacher, d’une certaine façon, à toutes ces âmes blessées, meurtries…

Il y a, dans ce premier roman, une horrible violence qui n’a d’égale que l’immense humanité qu’il en dégage.

Parce que, finalement, rien n’est jamais ni tout blanc, ni tout noir. Nous avons tous une propension à faire le mal, comme une à faire le bien. Pouvons-nous choisir de quel côté nous basculerons? Sommes-nous réellement maîtres de nos pulsions?

Tant de questions qui sont, à mon sens, soulevées, en filigrane, dans ce polar absolument saisissant.