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« Girl », Edna O’Brien. Grand Prix des Lectrices Elle 2020

Girl, Edna O’Brien. Sabine Wespieser éditeur, septembre 2019, 256 pages.

 

Terrible, horrible, effroyable, inacceptable, abominable, affreux, épouvantable … et pourtant, nécessaire. Tellement, tellement nécessaire.

Parce que c’est aussi ça, le but de la littérature : dénoncer les horreurs, mettre sur le devant de la scène des sujets oubliés par les médias, mis de côté, tombés dans l’oubli. Alors, certes, les djihadistes, on en parle. Boko Haram, on en a parlé. Oui, c’est vrai. Mais combien d’articles ont été consacrés à la façon dont les jeunes filles et les femmes sont traitées par ces extrémistes ? On parle de l’urgence face aux menaces d’attentat. Il y a urgence, certes. Mais pour ces femmes, prisonnières, bafouées, esclavagées, violées, affamées, torturées, tuées… N’y-a-t-il pas urgence, également ?

J’aime à penser que c’est pour dénoncer cela qu’Edna O’Brien a écrit ce roman. On parle de roman, et pourtant, je suis persuadée que la réalité est bien pire que celle, déjà insupportable, que nous conte l’auteure.

Écrit à la première personne du singulier, ce récit se lit en apnée. Dès l’incipit, on touche l’horreur du bout des yeux. Elle est à l’école, les hommes armés arrivent. Ils pensaient trouver des hommes – futurs guerriers – et du ciment… à la place, ils ne trouvent que ces gamines. Les filles, c’est bien aussi. Elles peuvent assurer une descendance, nous donner des garçons, des guerriers. Et puis, si elle ne peut pas enfanter, on peut au moins s’amuser avec elles. Femme-objet. Poupée mise à disposition de ces hommes armés. Et elles, la gorge nouée. Incapables de parler. Est-ce que mourir est plus doux que d’être violée à répétition ?

Elle sera utilisée, usée et brimée. Et puis, pour finir, mariée à un djihadiste. Assurer sa descendance, encore et toujours. C’est une question de fierté. Alors, quand elle met au monde une fille, la honte s’abat sur elle. Son mari se détourne, les femmes de la communauté aussi.

Et puis, un jour, elle s’échappe, enfin. Avec son bébé et son amie. Il faut marcher, encore et toujours. Trouver à manger et à boire. Et se cacher, toujours se cacher. C’est l’errance. Parfois, elle attend la mort, elle la supplie, même, de venir la chercher. Mais la mort n’est pas décidée.

Le lecteur suit, impuissant, les errances de cette jeune fille. Femme-enfant. Fille-mère. Femme bafouée. Femme violée. Mère débordée. Mère dépassée : « je ne suis pas assez grande pour être ta mère ».

Son errance la ramènera chez elle, auprès des siens. Et là, à nouveau, c’est l’horreur : considérée comme un paria, coupable de ne plus être chaste. La honte, à nouveau. De la part de sa propre famille. Que faire, quand on est rejeté par tout le monde ? Où aller, lorsqu’il ne nous reste personne ?

Dans un style absolument saisissant, Edna O’Brien nous raconte la quête de cette jeune femme qui, malgré tout, conserve une fureur de vivre à toute épreuve. C’est sombre, mais somptueux. Horrible, mais poétique. Tragique, mais éblouissant. C’est un très, très grand roman, à ne manquer sous aucun prétexte.

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